Comme tant d’autres clandestins, ces cinq-là ont quitté leur
famille, leur pays en quête de chantiers où l’on
accepte ceux qui n’ont pas de permis de travail pourvu qu’ils
se soumettent aux conditions imposées, comme loger à cinq
dans le même
baraquement. Et tant pis si leurs origines ou leurs religions peuvent
les opposer. Pour le patron, ils sont tous pareils, des déracinés,
prêts à tout pour travailler. Travailler pour nourrir sa famille,
travailler pour oublier la mort d’un enfant, la guerre, la prison,
ou celle à qui on n’a pas osé dire «je t’aime»,
travailler parce que… sinon qui je suis?
Daniel Keene donne la parole à des personnages que parfois le cinéma
représente mais rarement le théâtre. Et cette parole
n’a rien d’un bavardage trivial, elle leur est fidèle
dans leur plus intime vérité avec une singulière dignité.
Lyrique, surprenante ou cocasse, elle dit toute une humanité désemparée
qui essaie avec ses armes de comprendre à quoi ça rime, cette
vie. On évoque les Rolling Stones et Mozart, on jure contre le camion
en panne, on se souvient d’un poème de Villon ou d’un
psaume. On rêve de changer l’Histoire ou au moins sa propre
histoire, on apprend à se connaître un peu mieux les uns les
autres et à se découvrir soi-même.